2013年8月22日星期四
Impressions d'Asie
Impressions d'Asie
En 1993, invité par le chorégraphe William Forsythe à habiller une pièce intitulée The Loss of small detail , puis une autre, Garden in the Setting , pour le Ballet de Francfort, Issey Miyake imagine des costumes plissés. L'occasion de mettre en oeuvre un procédé de plissé permanent, expérimenté par le couturier depuis la fin des années 1980.
Ces costumes sont remarquables par leur texture aérienne, leur légèreté, leur capacité à épouser la gestuelle des danseurs, à donner forme et couleur à l'inspiration du chorégraphe. Soulignant les lignes des corps, ils transfigurent les interprètes comme autant de sculptures mouvantes.
Le procédé, appliqué à des vêtements qui peuvent être portés par tout un chacun, va connaître un formidable succès, au point de devenir emblématique de ce créateur japonais qui n'a cessé de mettre ses recherches expérimentales à la portée d'un large public. Pleats Please Issey Miyake est le titre d'un très beau livre qui vient de paraître chez Taschen, en édition trilingue : allemand, anglais, français.
Les créations Pleats Please ont été lancées à travers des collections de mode.
Chaque saison, sont présentées de nouvelles gammes de couleurs, variations sur le même thème, car la forme, en ellemême, varie peu. Mais la mode Pleats Please est totalement hors mode : les plissés d'Issey sont indémodables, éternels comme les drapés des statues grecques. Et le symbole même de toute modernité.
Ce sont des vêtements révolutionnaires, par leur matière, 100% polyester, et leur fabrication industrielle : coupées et cousues deux fois et demie plus grandes qu'elles ne doivent l'être en fin de parcours, les pièces sont plissées à chaud, verticalement, horizontalement ou en zig zag selon l'effet recherché.
Facilement lavables en machine, secs en quelques minutes, ces vêtements ne nécessitent ni repassage, ni aucun soin particulier, et se roulent facilement pour être transportés dans une valise ou un sac de voyage. Ils peuvent être portés du matin au soir, s'adaptant à toutes les circonstances, à tous les styles de vie.
Réalisé par Midori Kitamura, qui accompagne le travail d'Issey depuis de longues années, actuellement présidente du Miyake Design Studio à Tokyo, ce gros livre (576 pages !) révèle enfin le secret de fabrication des célèbres plissés, dont la réalisation est expliquée, et photographiée, pas à pas. Mais surtout, on peut suivre ici les diverses rencontres d'Issey Miyake avec l'art contemporain : à la création de Pleats Please ont en effet contribué des artistes comme Yasumasa Morimura, Tim Hawkinson, le Chinois Cai Guo Qiang, ou le photographe Nobuyoshi Araki.
Prix Nobel de littérature en 1913, l'homme est surtout connu comme poète. On sait moins qu'il était également musicien, chorégraphe et enfin peintre, une forme d'expression découverte tardivement à l'âge de 67 ans. D'où le titre de cette exposition.
Ce sont ici 98 uvres qui ont été réunies : peintures, encres sur papier, pastels baignent dans une atmosphère fantastique. On pénètre dans un univers hanté d'animaux fabuleux et de personnages étranges qui semblent la projection d'une vision surréaliste.
On est ébloui par ses paysages des années 19341935, impressionnants par leur côté expressionniste, le foisonnement et l'éclat des couleurs, le rayonnement d'une nature habitée et dense.
la fin de l'exposition, un documentaire de Sylvain Roumette, parti sur les traces du poète à Calcutta, avec des extraits du film que lui avait consacré Satyajit Ray, éclaire ce que furent sa vie et son univers. Né en 1861, à Calcutta, au Bengale, quatorzième fils d'une famille de haute caste, l'enfant fut initié dès son plus jeune âge à la pratique des arts traditionnels indiens mais également à la culture occidentale. En 1901, il avait créé une étonnante université en milieu rural, dans le village de Santiniketan. Pour en savoir plus, on recommandera la lecture du numéro spécial qui lui a été consacré par la revue Inde Perspectives .
Mon instinct et mon expérience m'ont appris que lignes et couleurs dans l'art n'ont pas à être porteuses d'informations : elles cherchent seulement une incarnation rythmique dans la peinture disaitil. Musique, poésie, peinture, se fondent dans un même flot créatif, au confluent de toutes les formes artistiques. Libre à chaque visiteur de former sa propre interprétation. D'imaginer un univers, une histoire, un mythe peutêtre, derrière ces visages, portraits fantasmés. Ce couple enlacé, qu'on retrouve à plusieurs reprises, parfois entouré de deux hommes, des gardiens peutêtre, semble, de manière énigmatique, nous faire signe. Le mystère demeure.
Exposition : La Dernière Moisson, peintures de Rabindranath Tagore , jusqu'au 11 mars 2012 au Petit Palais.
La revue Inde Perspectives est publiée par le Ministère des Affaires étrangères à New Delhi. Disponible auprès de l'Ambassade de l'Inde. Rabindra Bhavana. Reproduction interdite sans autorisation.
Lorsqu'elle était enfant, Kusama Yayoi, dont le père était horticulteur, eut une vision. Elle se voit soudain entourée de centaines de fleurs dans un champ de violettes. mais loin d'être une scène idyllique, ce champ de fleurs est empreint d'une étrangeté terrifiante. Les fleurs réapparaissent à la table familiale, recouvrent la pièce du sol au plafond, et submergent la jeune fille ellemême jusque dans l'anéantissement, vers une dissolution dans l'absolu de l'espace et dans l'infini d'un temps éternel . Plus tard encore, la menace prendra la forme de pois, taches mouvantes devant ses yeux, qui se répandent dans ses toiles, ses installations, ses chambres revêtues de miroirs, ses vêtements. Au Centre Pompidou, une installation (présentée pour la première fois en 2001 à la Maison de la Culture du Japon) montre, dans une étrange lumière ultraviolette, un intérieur petit bourgeois ordinaire entièrement recouvert de pois colorés. Son titre : I'm Here, but nothing , donne le ton d'une fascinante exposition.
Dans l'île de Naoshima, au bord de la mer, Kusama a posé une sculpture de céramique en forme de citrouille géante recouverte de pois. Les pois. La citrouille : une autre de ses obsessions. On ne voit pas de citrouilles (en dehors d'un seul dessin Souvenir de la citrouille et du lézard qui date de 1975) dans l'exposition qui lui est consacrée au centre Pompidou. Mais des pois, partout, comme une obsession menant à ce qu'elle appelle la self obliteration , ou le néant illimité , concept proche d'une philosophie bouddhiste mais aussi de toute une perception psychédélique, qui nous rappelle que l'art paroxystique de Kusama Yayoi s'est forgé dans les années 1960 aux Etats Unis.
C'est très logiquement que Kusama Yayoi s'est retrouvée à Manhattan, dans cette période d'effervescence culturelle où les artistes japonais rejoignaient volontiers l'avantgarde internationale. Yoko Ono exposait un paquet de graines soufflées par un ventilateur devant une toile blanche (Painting with the Wind) avant d'entraîner John Lennon dans l'aventure du cinéma expérimental. Le cinéaste Teshigahara, qui créait la sensation au festival de Cannes avec La femme de sable, revendiquait l'influence de Bunuel, celui d'Un Chien Andalou.
Kusama Yayoi allait jouer sur la scène newyorkaise un rôle assez ambigu : madone des sixties extravertie et extravagante, muse contestataire et styliste de mode, créatrice de happenings entre pop et politique, posant même, durant un temps, en rivale d'Andy Warhol. Parmi les curiosités de cette exposition, on découvre une série de photographies et de vidéos, oùl' on voit l'artiste japonaise à Central Park, sur Washington Square ou le Brooklyn Bridge, dirigeant une troupe de garçons et de filles nus, le corps peint, ou le visage revêtu de masques d'animaux ou de personnages politiques, comme le président Nixon.
Rêvant de voir l'art échapper au public élitiste des seuls initiés, elle imagine le rapprocher des supermarchés, ouvre une boutique de mode sur la 6ème avenue, puis crée Kusama Fashions Incorporated proposant des vêtements modernes, suggestifs ou transparents pour hommes et femmes. Elle invente des vêtements collectifs, robe d'orgie pour quatre personnes, ou modèle spécial ménage à trois , des robes qui laissent les seins à l'air, ou des robes de cocktail rose à partager par deux femmes libérées, et autres fantaisies.
Ce qui ne l'empêche pas de proclamer que le meilleur moyen d'avoir l'air humain, c'est de se promener tout nu. , de créer des body festivals et autres fêtes transgressives, où les invités paient 25 dollars de l'heure pour avoir le droit de peindre sur des mannequins à deminus.
Elle réalise des objets incongrus en utilisant des choses familières empruntées à l'univers domestique: des pâtes, des cintres, une valise, une planche à repasser. Des formes organiques hérissent ses sculptures.
Mais ses extravagances, et sa façon de se forger un personnage en utilisant déjà le pouvoir des médias, ont quelque peu brouillé son message, et Kusama Yayoi reste sousestimée, tout au moins en France, où on l'a très peu vue ; notons tout de même qu'Issey Miyake lui avait rendu hommage en l'invitant à Paris pour une performance dans le cadre de la Fondation Cartier. Le nouveau pop art japonais (Murakami, Nara etc) lui doit beaucoup.
L'exposition présentée au Centre Pompidou, et son excellent catalogue (édité avec l'aide de la marque Kenzo Parfums, très motivée par la perspective de faire connaître cette exceptionnelle artiste japonaise encore méconnue en France), suit chronologiquement la vie et l'oeuvre. Les premiers tableaux, proches du Surréalisme, les grands monochromes des années 1950, l'installation à NewYork, performances et happenings, et l'épanouissement de tout un travail de sculpteur sur des formes molles, utilisant des matériaux plastiques et des textiles. Puis le retour, douloureux, au Japon, après la mort de son ami Joseph Cornell, suivie par celle de son père, la conduisant à une tentative de suicide. Depuis la fin des années 1970, elle a trouvé un semblant de paix à l'abri d'un asile psychiatrique, créé des environnements, comme ses extraordinaires chambres de miroirs semés de pois à l'infini, et renoué avec la peinture robe de cocktail rouge.
Kusama Yayoi, Jusqu'au 9 janvier 2012, Centre Pompidou, Paris. Catalogue avec des essais de Chantal Béret, Laura Hoptman, Gérard Wajcman, Midori Yoshimoto et Lynn Zelanvansky.
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