2013年10月7日星期一

Des immigrants plus ou moins bien accueillis


Hier soir, nous sommes allés dîner dans un restaurant qui fait l'angle entre Embarcadero et Brannan Street à SF. Sa situation est idéale pour disposer d'une vue imprenable sur l'autre côté de la baie de SF.

Mais, audelà de cela, ce restaurant emploie comme serveurs et cuisiniers uniquement des anciens prisonniers en réinsertion sociale. Je voulais vous recommander ce restaurant où on mange bien et où l'accueil est particulièrement chaleureux. A ce titre, je voulais également tordre le cou à une image répandue en France selon laquelle la nourriture américaine serait indigeste. A vrai dire, c'est tout le contraire. J'y ai trouvé d'excellentes brasseries avec des prix hypra abordables et des menus super variés. D'ailleurs, la cuisine du Sud est un exemple de gastronomie et n'a rien à envier à notre pays. Alors, bien sûr, compte tenu du mode de vie des Américains, la cuisine bon marché des fastfood a hélas remplacé la cuisine sophistiquée et épicurienne du Sud. C'est dommage car il y a là tous les ingrédients d'une cuisine de qualité dont les Américains ont grandement besoin.

Enfin, c'est pas tout. Nous devons filer à l'opéra qui présente ce soir une symphonie de Rachmaninov. L'élite blanche de SF et l'hyperbourgeoisie asiatique s'y sont donné rendezvous, habillés de leurs plus beaux smokings pour les hommes et des robe de cocktail rouge les plus majestueuses pour les femmes. En ce qui me concerne, n'ayant pas pu repasser à l'hôtel, on aurait dit un Turc débarquant directement d'Anatolie avec son patchwork de couleurs me faisant d'ailleurs passer plus pour un mendiant qu'un fan d'opéra (lol, ma chère Sirma). Quant à Naïma, avec ses sacs plastiques remplis de cadeaux, qu'elles ne quittaient d'ailleurs plus, on aurait dit une gitane du marché de St Ouen (lol, cher p'tit John). Sinon, le ballet était vraiment moyen mais nous avons tout de même passé une soirée globalement agréable (mais sans plus).

Bref, parfois les hasards font bien les choses.

Ce matin, j'avais décidé d'écrire mon post sur SF à travers l'expression de son immigration successive. Je voulais partir de ce cette histoire de l'immigration pour essayer de tirer un réflexion plus large sur cette Amérique d'aujourd'hui qui m'est toujours aussi inconnue. En effet, en lisant ce matin le New York Times, je suis tombé sur une longue étude sur le phénomène migratoire aux US et notamment dans le monde éducatif, au titre ô combien symbolique "remade in America". Je vous invite à lire cet article que vous trouverez, ici ( très instructif) et donc inutile de vous expliquer les différents dispositifs.

Mon rendezvous d'hier avec le représentant de la communauté japonaise m'avait tout de même laissé sur la faim. En effet, j'avais découvert que l'immigration asiatique n'avait pas été acceptée aussi facilement durant de nombreuses années aux EtatsUnis. Et je voulais en savoir plus. En effet, j'avais une idée plutôt accueillante des EtatsUnis à l'égard de nombreuses vagues d'immigration. Or, la situation y parait plus complexe quand on confronte son sentiment aux spécialistes de la question. Cette belle idée du melting pot partagé, forme moderne du multiculturalisme ethnoracial, ne correspond pas aux réalités historiques telles que je les avais imaginées. Dans ce pays d'immigrants, le rejet de l'autre et la xénophobie deviennent le ressort principal. La vigueur du racisme est fortement ancrée.

Tout d'abord, il est bon de rappeler que les autorités américaines ont toujours développé une politique sélective (les quotas) concernant l'immigration en fonction de la pression des électeurs blancs. C'est pour cette raison qu'à la fin du XIXe siècle des lois draconiennes ont été établies pour empêcher les "lemon" de débarquer aux US. Ainsi, les Chinois et les Japonais ont été victimes de forts préjugés qui ont imposé une forme d'embargo en direction de cette composante de la population durant de nombreuses années.

Mais déjà, peu avant ces lois scélérates, ce furent les catholiques, les Irlandais qu'on rejetait. D'ailleurs, le racisme dont furent victimes les Italiens, les juifs, les Russes et tous les métèques du pourtour méditerranéen était terrible. Je comprends mieux les raisons qui poussaient de nombreuses populations à se replier sur ellesmêmes. Ne l'oublions jamais, au cours du XIXe et jusqu'au milieu du XXe siècle, ce sont des populations majoritairement pauvres et misérables qui sont en quête d'un nouvel Eldorado. Et selon l'étude du NY Times, en 1900, ces immigrés sont essentiellement à plus de 80 % originaires d'Europe occidentale. En effet, le rêve américain sonne dans leur tête comme une vie meilleure pour eux et leurs familles. Mais c'est sans compter sur un racisme exacerbé qui pousse ces populations à construire un exil intérieur le plus proche de leur culture d'origine.

Je comprends désormais mieux ces ghettos de San Francisco. Cette ségrégation choisie pour nombre d'immigrants se perpétue de génération en génération. Au fond, loin de votre pays d'origine, vous avez ce réflexe naturel de vouloir reconstituer dans la nostalgie "votre petit chez soi". Mais avec le temps, le puissant modèle démocratique US permet à toutes ces populations majoritairement blanches de se fondre dans la masse du peuple américain.

Dans mon analyse, je mets à part les populations afroaméricaines. Leur immigration n'est hélas pas voulue mais subie, dès le XVIIe siècle. Ce sont les politiques d'esclavage qui ramènent cette main d'uvre notamment dans ces grandes plantations de coton. Les coups de fouets et les cicatrices indélébiles sur le dos de ces populations noires resteront gravés comme un fardeau ensanglanté de cette histoire sombre de l'Amérique (voir post précédent).

Voilà qu'après la Seconde Guerre mondiale, les Etatsunis deviennent un pays d'accueil de masse. Les quotas nationaux sont supprimés. On privilégiera alors la qualification professionnelle, l'accueil des victimes de persécutions de toutes natures notamment politiques et religieuses. C'est une immigration de masse qui se constitue avec un nouveau type de populations. Le schéma retranscrit par le NY Times montre très bien que ce sont désormais des populations provenant d'Amérique latine et centrale, d'Asie et du Moyenorient qui souhaitent rejoindre cette Amérique puissante. On va même en 1986 régulariser des millions de clandestins. Mais au milieu des années 90, des lois plus dures seront votées par le Congrès afin de freiner des vagues d'immigration provenant notamment du Mexique et de l'Amérique centrale. Les contrôles aux frontières du sud des US deviennent plus draconiens et des contraintes supplémentaires en matière de séjour des étrangers sont imposées. La chasse aux mexicains est ouverte. Après le 11 septembre, l'immigration des populations venues des pays musulmans est regardée et les candidats à l'exil ne sont souvent pas retenus. Ils partent ainsi trouver leur bonheur dans une Amérique plus au nord et plus accueillante, le Canada. Ah! cette green card!

Voilà, très schématiquement, c'est le récit chaotique de ces vagues d'immigration qui témoigne de la complexité de cette problématique. Et tout cela me renvoie naturellement à cette côte Ouest qui a vu arriver la majorité de ces populations en recherche du bonheur. Contrairement à une idée répandue, l'élite blanche n'a pas eu une vison très claire à l'égard de toutes ces populations. Elle n'a pas montré historiquement une grande générosité dans le domaine de l'accueil de ces étrangers. Je suis d'ailleurs toujours aussi étonné de voir que seul le sud des Etatsunis porte le fardeau et le poids sombre du passé de ce pays. Ce n'est pas exact! Bien sûr, que l'esclavage et la ségrégation qui se sont déroulées dans cette partie du territoire ne sont pas comparables à ce que je viens de décrire. Bien sûr que le sceau de l'infamie que porte ce Sud est en partie justifié. Mais, soyons juste, il n'y a pas, d'un coté, une élite blanche de l'Est ou de l'Ouest, ouverte et généreuse et, de l'autre, un Sud qui serait l'unique mauvaise conscience de ce pays. C'est à Boston, ville du nord des Etatsunis que les premières lois ségrégationnistes dans les écoles sont nées!

D'ailleurs, si de nombreux Européens aiment cette ville, c'est parce qu'elle ressemble tellement à leur imaginaire. C'est notre "petit schetl" que l'on retrouve en visitant cette ville. Mais à quel prix, mes amis. Ne l'oublions pas, ce sont des vagues d'immigration qui ont souffert pour construire cette ville. Les communautés qui s'y retrouvent vivent aujourd'hui plutôt dans de bonnes conditions. C'est le mirage de la Californie. Mais la misère des Noirs et des nouveaux immigrés est hélas encore bien réelle. Derrière ces murs invisibles de la pauvreté vivent des populations à la recherche d'une plus grande égalité. Le système éducatif, clef de voûte de la réussite sociale, est plus qu'ailleurs en panne. Les ghettos de riches, noirs ou blancs, nous font oublier que cette nouvelle forme moderne de ségrégation par l'école est dangereuse pour l'avenir de ce pays. Les barrières restent encore fermées en matière de mobilité sociale pour ces populations. Et cet ascenceur social qui, jusqu'à présent, avait trouvé un équilibre semble se lézarder.

Mais c'est curieux, San Francisco me ressemble trop pour l'aimer. Elle a réussi sa métamorphose du XXe siècle mais je crois qu'elle n'est pas prête à affronter ce monde globalisé du XXIe siècle. Le fossé se creuse entre les nantis et les plus pauvres. Vous serez d'ailleurs un jour surpris! ce sera plus dans le sud des EtatsUnis que verront le jour les émeutes pour réclamer de nouveaux droits civiques. Ce sera au cur de ces grandes métropoles urbaines où la ségrégation sociale devient étouffante. Des riches toujours aussi riches et des pauvres attendant de pouvoir partager les fruits de la croissance. Mais l'aspect positif dans cette ville de San Francisco est de voir qu'au delà des ghettos communautaires, des quartiers entiers vivent dans la mixité. Cependant, plus que jamais je pense qu'accepter votre voisin qui ne vous ressemble pas, ne se suffit pas.

L'école doit devenir le lieu de l'égalité. Pour cela, il faut mettre le paquet dans ce domaine pour éviter cette sélection par le savoir qui empêche toute mobilité sociale partagée mais accroît les inégalités. Finalement, Bourdieu serait heureux de prolonger son étude sur la reproduction des élites. C'est cruel mais l'élite de la côte Ouest se persuade d'être encore les pionniers et les défricheurs des tendances pour le futur. Je crois qu'ils vivent encore dans la nostalgie d'un passé révolu où la modernité a laissé la place aux cultures hybrides !

Cependant, j'ai une pensée pour ces immigrants mexicains qui souffrent et qui sont exploités dans cette Californie au paradis bien ancré dans leurs têtes. Ils sont chassés partout quand ils sont sans titre de séjour régulier. Il ne fait pas bon d'être un clandestin latinos en Californie. Je pense à ces nombreuses familles qui ont fait le choix de rejoindre cette terre au grand cur. Déracinés et rejetés, ils doivent trouver leur place dans des conditions encore plus difficiles que par le passé. Pire, la crise économique qui se profile va encore exacerber les tensions à leur égard. A vrai dire, je m'identifie tellement à ces visages inquiets de latinos que j'ai rencontrés à SF. J'ai naturellement une pensée pour mes parents venus en France travailler pour nourrir et éduquer leurs enfants. Pari réussi mais à quel prix. Par pudeur, ils n'ont jamais voulu nous raconter leur vie mais je sais combien cela a dû être terrible. Je voulais leur rendre tout simplement hommage (big up! big up father and mother).

Voilà, je découvre une facette nouvelle des EtatsUnis. Les vagues d'immigration ne se sont pas constituées dans un climat de confiance mais souvent de rejet. Cette défiance perdure encore. Et les belles réussites de certaines minorités comme les Asiatiques, les juifs et les Européens catholiques ne doivent pas nous faire oublier que ce phare de la démocratie moderne devra veiller à gérer son immigration dans les conditions les plus humaines possibles. C'est à ce prix qe l'Amérique qu'on aime restera crédible aux yeux du monde entier.

A bientôt. inch'allah,

See y

Certaines vies ne sont décidément pas un long fleuve tranquille : pour faire echo à votre blog je pense notamment à des amis aujourd sans papier qui subissent la crise de plein fouet. on pense à vous.

Tu aimes notre bonne cuisine sudiste, Ali ? C très sympa de dire ça, car elle est si peu connue en France. Je doute fort qu figure parmi les grandes cuisines du monde (française, italienne, chinoise) mais c une cuisine paysanne de qualité et des plus savoureuses. Une fusion de contributions du peuplement de cette région: Amérindiens, esclaves africains, AngloSaxons, Allemands, Français et Irlandais. Vivant à New York, je la trouve dans les quartiers noirs comme Harlem. parce que le poids du passé est différent!

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